Xerxes. Georg Friedrich Haendel.

Oper.

Ewald Körner, Klaus Froboese, Heinz Balthes. Stadttheater Bern.

Radio Suisse Romande, Espace 2, Musimag, fin novembre 1985.

 

 

(Wort)

Etcetera, etcetera. Le livret de cet opéra est tout aussi compliqué que l'argument que nous venons de citer. Des noms exotiques et vieillots (Arsamène, Ariodate, Atalanta) se promènent dans un paysage lointain. Et l'action nous raconte les problèmes amoureux de la haute noblesse. Des problèmes, bien entendu, qui pour nous manquent d'intérêt, des personnages qui manquent de vraisemblance, une intrigue qui manque de simplicité et de souplesse – donc aucune raison de donner cet opéra, si l'on avait pas du commémorer le 300e anniversaire de Haendel. Du temps du compositeur déjà, "Serse" (car tel est le titre original), "Serse" était un échec. Paru en 1738 au King's Theatre à Londres, on l'a joué cinq fois en tout. Et en 1789, un des premiers spécialistes de Haendel, Charles Burney, a retenu au sujet de "Serse": C'est un des plus mauvais drames que Haendel n'ait jamais pris comme livret.

 

Un autre problème se pose. Xerxes dure trop longtemps. 50 numéros – airs, duos et chœurs – ralentissent l'action, et l'opéra intégral dure trois heures sans entracte. Donc il se pose la nécessité de couper l'action. Mais le théâtre qui veut monter "Xerxes" doit aussi affronter la difficulté que cinq des sept grands rôles de cet opéra demandent des voix hautes. Et aujourd'hui, il nous est impossible de reconstituer l'homogénéité de la distribution originale. Car Xerxès est écrit pour un castrat, et Arsamène était jouée par une chanteuse spécialisée comme travesti. Donc, il faut transposer les parties.

 

L'opéra que nous montre le théâtre municipal de Berne est bien loin du "Xerxes" original de 1738. Trois allemands se sont occupés du livret, et ils ne l'ont pas seulement traduit, mais ils l'ont aussi assoupli et arrangé. Les rôles de Xerxès et d Arsamène ont été transposés d'un octave, et ils sont chantés par deux ténors, Wolfgang Holzmair et Karl Markus.

 

(Musik)

 

Cet extrait nous montre que toute la partie musicale à Berne est très soignée. Le théâtre puise dans un ensemble de jeunes chanteurs doués qui ont de belles voix et qui savent chanter. En plus, ils ont des gestes détendus, ils bougent avec aise et ils savent personnifier de manière naturelle les types un peu flous que l'opéra nous propose. Ewald Körner avec sa longue expérience de chef d'orchestre signe une représentation impeccable.

 

Si au début j'ai constaté que l'opéra pose des problèmes, le théâtre municipal de Berne s'en débarrasse en prenant "Xerxes" comme œuvre du répertoire. Klaus Froboese, le metteur en scène, et Heinz Balthes, son décorateur, nous font oublier toutes les invraisemblances de l'action en montant "Xerxes" comme s'il s'agissait d'une opérette du 19e siècle, et non pas d'une œuvre de 1738, signé Haendel. Une solution douteuse.

Die Stimme der Kritik für Bümpliz und die Welt [-cartcount]