Ein Sommernachtstraum. Heinz Spoerli.

Ballett.

Basler Theater.

Radio Suisse Romande, Espace 2, Musimag, décembre 1985.

 

 

(Musik)

 

La marche nuptiale du "Songe d'une nuit d'été". C'est probablement le morceau le mieux connu de Felix Mendelssohn. Des fanfares annoncent la noblesse: Le duc et la duchesse d'Athènes entrent avec leur cour. Tout la splendeur radieuse de la fête se retrouve dans la musique.

 

(Musik)

 

La marche nuptiale couronne la fin de la comédie; trois couples – voire quatre (avec Obéron et Titania) se marient; tout malentendu, toute discorde est résolue. – L'ouverture, elle, évoquait autre chose.

 

(Musik)

 

Nous entendons des sons qui ne se laissent pas fixer. Les violons produisent un effet de clair-obscur, et dans cette vibration apparaissent les démons et les fées de la forêt. – Ce sont deux mondes bien différents que la musique nous dépeint, conformément à la dualité de la comédie shakespearienne. Nous y trouvons le monde du jour et le monde de la nuit; le monde du conscient et le monde de l'inconscient; le règne des hommes et le règne des démons.

 

Et là se trouve l'avantage des sons comparé à la langue: La gamme des sons est plus riche, plus variable. Elle trouve une expression même pour l'incompréhensible et le démoniaque. La comédie par contre doit faire parler les démons dans la langue des hommes, avec un vocabulaire et une grammaire que l'esprit humain a imbibé et structuré.

 

C'est avec la musique de Mendelssohn que Heinz Spoerli a monté le "Songe d'une nuit d'été". L'action est muette, bien entendu, puisqu'il s'agit d'un ballet. Pas de dialogues, pas de mots. C'est la musique qui parle. Et le corps humain. Le "Songe d'une nuit d'été" en profite. Enfin le monde de la nuit trouve une expression adéquate au monde du jour. Des sensations que les mots décrivent avec tant de difficultés deviennent visibles et tangibles. Et par cela, l'action gagne une clarté que la comédie ne peut jamais atteindre.

 

Dans le drame, nous apercevons – grâce à la chorégraphie de Heinz Spoerli – la structure de base, cette structure que l'abondance des mots tend à nous voiler. Le ballet par contre rend évident que l'amour est le moteur de l'action; et que Shakespeare concevait cet amour comme processus qui suit sa propre dynamique. Attirance et répulsion sont les forces qui dirigent les personnages.

 

Le ballet souligne aussi l'importance de Puck qui joue le metteur en scène. C'est lui qui dirige tous les embrouillements et dénouements de l'action nocturne. Au début, il fait monter le rideau, et avant que l'action commence, nous le voyons danser plain de gaité sauvage sur un plateau encore vide. Le cercle qu'il décrit est un cercle magique. Il force les gens à révéler ce qu'ils pensent et ce qu'ils sentent, par chaque geste qu'ils font. Ils n'ont plus de langage parlé qui cache les émotions. Les émotions, au contraire, s'expriment par tous les mouvements du corps, et ces mouvements sont sans équivoque. Les corps se rapprochent ou ils se fuient, en accord avec les sentiments que les âmes éprouvent l'une pour l'autre.

 

(Musik)

 

Ainsi, le ballet de Heinz Spoerli est plus près du texte que chaque représentation du théâtre parlé. La chorégraphie décrit des sentiments élémentaires, et cela explique pourquoi ce "Songe d'une nuit d'été" ait trouvé un tel succès lors de sa première au théâtre municipal de Bâle.

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