Die vier Grobiane. Ermanno Wolf-Ferrari.

Oper.

Eduard Meier, Hans Hartleb. Stadttheater St. Gallen.

Radio Suisse Romande, Espace 2, Musimag, fin-avril 1986.

 

 

(Musik)

 

Ah, oui, naturellement, ça, c'est du Wagner. L'ouverture des "Maîtres-chanteurs", avec son cuivre pénétrant et ses 60 violons qui se livrent un combat compliqué. Tel était l'exemple de l'opéra bouffe du type germanique pour la génération des compositeurs allemands qui écrivait au début du siècle. Et lui maintenant, qu'a-t-il écrit, Ermanno, fils du peintre allemand August Wolf et d'une vénitienne, la signorina Ferrari? Ecoutez cet extrait du début de l'ouverture:

 

(Musik)

 

Vous entendez, c'est autre chose. C'est fin et discret, ce qu'on entend au début du l'opéra bouffe "Les quatre rustons". Ermanno Wolf-Ferrari n'exige pas le grand orchestre de Wagner et Strauss, car il voudrait faire ressortir d'avantage la voix humaine. Il reprend donc la tradition du 18e siècle, inaugurée par Mozart et perfectionnée par Rossini, tradition un peu oubliée au début de notre siècle, surtout en Allemagne.

 

(Musik)

 

Ermanno Wolf-Ferrari retourne donc à un type d'opéra où l'orchestre est au service de la voix humaine. Une voix qui se promène entre belcanto et parlando et qui déploie une gamme de nuances qu'on était en train de négliger.

 

(Musik)

 

Comme la plupart des opéras du 20e siècle, "Les quatre rustons" aussi se basent sur un texte littéraire, "I quatro rusteghi" de Goldoni, que Wolf-Ferrari suit fidèlement. L'histoire ne vaut pas la peine d'être racontée: deux pères de famille décident de marier leurs enfants, sans que ceux-ci puissent se voir avant le mariage. Mais pour satisfaire la curiosité des jeunes fiancés, les femmes des quatre rustons arrangent un rendez-vous clandestin. La fille et le garçon, instantanément, tombent amoureux l'un de l'autre, les quatre rustons découvrent ce qui se passe, grande scène, réconciliation, finale.

 

Vous voyez que le comique ne tient pas à l'action; ni à la situation. Le comique émane du caractère et des relations entre les différents personnages. Et c'est cela que la musique de Wolf-Ferrari essaye à faire comprendre.

 

(Musik)

 

L'opéra a été créé en 1906 et il a tout de suite trouvé son succès parmi les auditeurs avertis du monde allemand. Et Venise considérait Ermanno Wolf-Ferrari comme un des siens, non sans raison, puisque le compositeur y passait une grande partie de son temps et puisqu'il prenait les comédies de Goldoni comme livret de ses opéras. Le large public cependant n'a jamais connu le nom de notre compositeur, et je puis illustrer ce fait par une anecdote.

 

Lorsque j'ai cherché un enregistrement en peu plus récent pour y tirer mes exemples, j'ai fait téléphoner à une grande maisons de disques bâloise. L'employée nous a promis de consulter ses catalogues, et dix minutes plus tard, elle nous a appelé pour dire qu'elle n'avait pas trouvé l'opéra en question, ni sous le nom de Hugo Wolf, ni sous celui d'Ermanno Ferrari.

 

C'est donc cet opéra méconnu que le théâtre municipal de St. Gall vient de mettre en scène, mais dans une production, hélas, qui ne fait ni chaud ni froid. Dans un décor insignifiant et conventionnel, Hans Hartleb, le metteur en scène, place ses chanteurs comme des soldats de plomb. Si il les fait bouger de gauche à droite, ce n'est pas pour des motifs psychologiques, mais pour des motifs stratégiques: Il les approche de la porte pour les faire sortir.

 

Fade, oui, fade aussi l'interprétation musicale sous la direction d'Eduard Meier. Je ne sais pas si cela tenait à ma place ou à l'acoustique de la salle, en tout cas, je n'étais pas en mesure de suivre les voix de l'orchestre et des chanteurs lorsqu'ils s'approchaient du forte. Ce manque de différenciation est d'autant plus dommage que "Les quatre rustons" ont précisément la vertu singulière de réconcilier la clarté avec la sensualité. Et c'est cette balance délicate et exquise qui fait le ravissement de tous les connaisseurs de cet opéra.

 

Un des moments les plus chatouillants se trouve à la fin du 2e acte, où tous les dix chanteurs sont sur scène, en train de gesticuler, de s'engeuler, et cette confusion comique donne lien a un numéro de dix voix qui se débattent et s'entrecroisent. C'est évident que le théâtre ne sera jamais en mesure de réaliser parfaitement ce moment – mais il me semble que je l'ai quand-même entendu ailleurs plus parfait qu'à St. Gall. Pour vous donner une idée, comment on l'aurait pu faire, je vus passe le disque historique.

 

(Musik)

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